La situation hélvétique

Si la Suisse compte quelque 170 établissements destinés à l’exécution des peines et mesures de droit pénal, la majorité sert à la détention préventive, à la semi-détention et à l’exécution de courtes peines. Seule une vingtaine de pénitenciers de dimensions moyennes à grandes ont de longues peines à charge. La plupart de ces établissements disposent de moins de 100 places. De tout le pays, seules deux prisons sont à même de renfermer plus de 300 prisonniers. La population carcérale suisse s’élève à environ 6000 âmes, dont un tiers au moins s’avère en attente de jugement. Un seizième  de la population carcérale est féminine.

A qui s’adressent les ateliers de Prélude ?

Dans la mesure du possible, autrement dit, compte tenu des prescriptions des directions et des règlements propres aux différents établissements, les actions sont ouvertes à toutes et tous, dans la limite du nombre de participants annoncé. Le seul critère de sélection déterminant des participants est celui de la durée de détention qu’il leur reste à effectuer. Le participant doit pouvoir mener le projet à son terme. Quant à eux, les artistes porteurs de projet, soutenus par Prélude, devront être à même de collaborer aussi bien avec des personnes non francophones et/ou illettrés qu’avec des personnes souffrant de troubles psychiatriques ou physiques.

Le type de peines effectuées peut également s’avérer décisif. En Suisse, les deux principales catégories de sanctions, telles que les définit le code pénal, sont les peines privatives de liberté, d’une part, et les mesures dites « de rééducation » ou « de sûreté », de l’autre. La première sanction prend la forme d’« arrêts » ou d’« emprisonnement » (ou « réclusion »), avec ou sans sursis. Dans le cas de l’emprisonnement, théoriquement, seuls les récidivistes subissent un régime de détention fermé. Les condamnés baptisés « détenus primaires » sont placés dans des établissements ouverts ou semi-ouverts. Les arrêts, à l’instar des courtes peines, bénéficient d’aménagements de peines, tels que régime de semi-détention, régime par journées séparées ou travail d’intérêt général.

De la difficulté des ateliers selon les régimes

Il faut tenir compte du fait que la réalisation d’un projet de création partagée s’adapte mieux à l’emprisonnement et à la semi-liberté qu’à la préventive. En effet, au vu des contraintes sécuritaires particulièrement strictes imposées en préventive – au minimum quatre mois d’enquête au préalable pour tout intervenant extérieur à la prison de Champ-Dollon, par exemple – et de la durée aléatoire des séjours, Prélude se consacre plutôt aux prisons d’exécution de peines et mesures. Par ailleurs, la surpopulation dont souffrent les établissements de peines préventives semble mettre le personnel et les directions sous une tension souvent immobilisante.

Ainsi, les actions concernent, avant tout, les personnes en exécution de peines ainsi que celles placées sous le régime de la semi-liberté. Celles-ci bénéficient du droit de travailler à l’extérieur de la prison, avec l’obligation d’y retourner aux alentours de 21h – heure qui varie selon les cantons. Le laps de temps compris entre la sortie du travail et le retour à la prison s’avère souvent difficile à combler, dans des situations où les liens familiaux ont été interrompus ou s’avèrent simplement inexistants. Des ateliers de créations partagées « hors les murs » peuvent être mis en place.